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Développement durable

« Engagés pour la nature » - Interview de Béatrice Abribat

BEATRICE-ABRIBAT

 

« Engagés pour la nature » est une initiative du ministère de la Transition écologique (et Région de France pour les territoires), portée par l’Office français de la biodiversité. Cette démarche de progrès se décline pour les entreprises, les territoires et les partenaires qui s’engagent en faveur de la biodiversité.

Cette interview est la dernière d'une série de 3 sur le sujet. 

Rencontre avec Béatrice Abribat, dirigeante d’AIC Environnement – bureau d’études certifié dans les diagnostics de pollution des sols (Domaine A – Norme NFX-31-620)

Dans quelle mesure le traitement des sols peut-il contribuer à la préservation de la biodiversité ?

Les diagnostics que nous réalisons répondent principalement à des réglementations ayant pour finalité la protection de la santé humaine. Or, nous souhaitons que les méthodologies prennent davantage en compte la biodiversité des sols, car les 30 à 50 centimètres de sol de surface jouent un rôle crucial dans la fixation du carbone (les trente premiers centimètres de sol représentent un réservoir de carbone 2 à 3 fois plus important que la biomasse végétale ou l’atmosphère). On dit qu’il faut des arbres pour fixer le carbone mais, pour cela, il faut aussi un sol sain qui garantira la qualité de la végétation qui sera plantée. Les acteurs de nos métiers souhaitent donc faire évoluer les choses, faire réapparaître la dimension agronomique de nos expertises et aller progressivement vers la notion de sols sains et en bonne santé, capables de contribuer à la préservation de la biodiversité. Nous avons aussi un rôle à jouer face à la multiplication des dispositifs de gestion des eaux de pluie à la parcelle, car ce système exige de repenser la gestion des pollutions : pour que le sol absorbe les eaux de pluie, il faut qu’il soit sain et non pollué. C’est notre métier de recalculer les seuils de dépollution adéquats en fonction des différents projets et des contraintes d’aménagement, tels que les espaces verts, les jardins potagers et la gestion des eaux.

Quels sont les freins à ces évolutions de votre métier que vous appelez de vos vœux ?

Le problème tient à la façon dont on envisage les sols en France, qui sont considérés le plus souvent comme un bien, un foncier, voire un matériau, qui prend le statut de déchet lorsqu’il est excavé et dont le traitement génèrera un surcoût. En Île-de-France, par exemple, les terres riches en sulfates, qui sont excavées et ne sont pas nocives pour la santé, ne peuvent pas être réutilisées n’importe où, car elles ne sont pas compatibles avec les critères définissant les terres inertes. Elles sont donc le plus souvent évacuées par camion, avec le bilan carbone qu’on imagine ! Et pourtant, dans beaucoup de projets, ces terres pourraient être réutilisées sur place pour remblayer certains espaces. Il en va de même des terres qui ont besoin d’être dépolluées. Quand nous faisons nos études, nous sommes en capacité de proposer des alternatives, telles qu’un traitement in situ qui garantira à la fois le respect des conditions sanitaires exigées et le respect du milieu. Mais à ce stade de leur projet, les promoteurs et les acteurs du BTP ne veulent ou ne peuvent pas débloquer les budgets pour ces traitements en amont des obtentions de permis de construire. Par la suite, quand le projet démarre, ils réclament des solutions plus rapides, qui sont plus coûteuses et plus émettrices de carbone. C’est tout un modèle économique qu’il faudrait repenser !

Quelles solutions préconiseriez-vous ?

Je crois qu’il faudrait développer des approches plus globales, où les différents experts travaillent davantage ensemble. Par exemple, certains de nos clients font intervenir des écologues sur leurs gros projets d’aménagement, pour développer les espaces verts, les toitures végétalisées, l’infiltration des eaux de pluie à la parcelle. Je regrette que, nous, spécialistes des sols, ne soyons pas associés en amont avec ces professionnels et les architectes concepteurs. Nous sommes vus comme des spécialistes des pollutions et non de l’écologie, alors que notre expertise est complémentaire et que nous aurions tous – écologues, paysagistes, experts en hydrologie… – à gagner à travailler de façon plus transversale.

 

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« On dit qu’il faut des arbres pour fixer le carbone mais, pour cela, il faut aussi un sol sain qui garantira la qualité de la végétation qui sera plantée. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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