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Relance de la construction : il est temps de voir plus loin pour l’habitat

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Dans une tribune commune, le Cinov, l’UNGE et le Synamome réagissent à la composition de la «Commision Rebsamen» et plaident pour une prise en compte de leur expertise pour imaginer l'habitat de demain…

La Fédération des syndicats des métiers de la prestation intellectuelle du Conseil, de l'ingénierie et du numérique (Cinov), l’Union nationale des géomètres-experts (UNGE) et le Regroupement de professionnels de la maîtrise d'œuvre de conception et de réalisation de l'acte de bâtir (Synamome) ont transmis au Moniteur une réflexion publiée ci-après. Le ministère de la Transition écologique a dévoilé début juin la liste des 32 personnalités qui constituent la «Commission pour la relance durable de la construction de logements». Présidée par François Rebsamen, elle a pour objectif d’analyser les causes du ralentissement de la construction neuve, constatée ces derniers mois, et de formuler des propositions pour la relance du secteur. Il est en effet urgent de se pencher sur les problématiques auxquelles doit faire face l’ensemble des professionnels du secteur de l’habitat et de la construction, à commencer par la prise en considération des enjeux écologiques, numériques et sociétaux dans lesquels cette «crise» du logement intervient.

Mais comment envisager une telle réflexion sans y inclure l’ensemble des parties prenantes à commencer par les professionnels de l’ingénierie et de la maîtrise d’œuvre et notamment les bureaux d’études, les architectes et les géomètres-expert? Sans l’ensemble de ces expertises l’analyse ne pourra être que partielle et les solutions court termistes. Une crise multifactorielle Le constat est clair : le nombre d’attribution de permis de construire est en chute libre alors que les besoins en logements neufs ne cessent de croitre. Dans ce contexte, une analyse profonde des points de blocage est bien évidement nécessaire. Mais il est impératif de prendre en compte que cette crise est multifactorielle et qu’elle dépasse le simple cadre de la réglementation des permis de construire. La relance de la construction, si elle se veut véritablement durable, doit intégrer des impératifs environnementaux, mais aussi prendre en considération les mutations en cours de la filière BTP tout en s’adaptant aux nouveaux modes de vies et aux nouvelles attentes en matière de logement. Comment par exemple affronter ce paradoxe de devoir relancer la construction de logements neufs tout en limitant au maximum l’artificialisation des sols et en économisant les ressources? L’exemple récent de la révocation du PLUi-H de Toulouse le démontre, le contexte est complexe et critique et fait naitre un besoin impérieux de pédagogie auprès des citoyens en général et des élus locaux en particulier, mais également de certains professionnels. Adaptabilité des logements Cette pédagogie doit valoriser les vertus environnementales des logements créés dans des bâtiments existants (par extension ou surélévation) ou des quartiers existants, par densification du bâti mais aussi intégrer la notion de bien-être et de qualité de vie que les épisodes de confinement ont contribué à remettre sur le devant de la scène. C’est pourquoi au cœur de la relance de la construction doit impérativement figurer la notion d’adaptabilité des logements, qui ne doit désormais plus se restreindre à la seule prise en compte du handicap ou du vieillissement mais intégrer également tous les facteurs de variabilité d’occupation d’un logement : familles recomposées, départ des enfants, télétravail, exigences sanitaires, travail de nuit, etc.

Valorisation du patrimoine

Des solutions existent et peuvent être facilement instaurées : ainsi, les guichets mis en place par les régions pour améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments devraient pouvoir intégrer une dimension «création de logement» afin de sensibiliser les propriétaires sur les potentialités de leur bien. Cette création de surface s’accompagnant d’une valorisation automatique du patrimoine existant serait par ailleurs de nature à faciliter le financement des opérations de rénovation. La liste des paramètres à prendre en compte est longue, les critères environnementaux et sociétaux sont primordiaux, la mutation profonde de la filière BTP l’est tout autant. Car on ne construit plus aujourd’hui comme on construisait hier.

BIM, maquette numérique, préfabrication : les professionnels du BTP opèrent leur transformation numérique et ces nouveaux modes de faire doivent être intégrés à la réflexion lorsqu’il s’agit de penser à résoudre la crise du logement.

Inclure toutes les expertises

Dans un monde qui bouge plus vite, qui est de moins en moins prévisible, dans lequel les contraintes s’accumulent et où domine le sentiment d’urgence, la tentation est grande de faire des raccourcis, des simplifications, d’aller plus vite, de court-circuiter les concertations et les études … Cette crise du logement et de la construction ne semble pas faire exception à la règle et la composition de la commission Rebsamen – qui exclut un grand nombre de parties prenantes - le démontre. Mais, en matière de logement et de construction, pour ne pas répéter les erreurs du passé et être certain de prendre en compte toutes les données à disposition, on ne pourra désormais plus faire l’impasse sur les études et sur les dernières innovations en matière de conduite de projet. Enjeux colossaux Pour être réellement durable et efficient, tout chantier devra désormais prendre en compte l’ensemble des facteurs susmentionnés et toute la complexité des projets et de leur mise en œuvre. Cela devra passer par une révision de la gouvernance des projets et par le renforcement de l’association d’expertises complémentaires : celles des techniques nouvelles, et celles des usagers, mais aussi celles des industriels et des entreprises, y compris dans les phases amont des projets de construction. Les enjeux sont colossaux et le timing est critique, la mission confiée à la commission Rebsamen a donc une obligation de succès et les objectifs ne pourront être atteints sans intégrer à la réflexion l’ensemble des professionnels de la maîtrise d’oeuvre réellement concernés par les enjeux. Car il est inenvisageable de passer à côté de l’opportunité de voir plus loin pour l’ensemble de la filière et de l’habitat de demain.